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Eglise Saint-Pierre

(Document réalisé par la Ville de Saumur)

 

 

Histoire de la paroisse

 

La paroisse de Dampierre est établie sur le chemin qui conduisait en été de Saumur à Montsoreau, le long de la Loire. Le sens de son nom évoque clairement le culte de saint Pierre : Dominus Petrus.

 

La paroisse de Dampierre existe déjà au début du 12e siècle puisque entre 1102 et 1104 l’évêque d’Angers Renaud de Martigné, ayant fait venir à l’abbaye Toussaint d’Angers deux chanoines réguliers de l’abbaye d’Airvault, fit don à cette dernière, pour la remercier, de l’église de Dampierre. Airvault y établit aussitôt un prieuré-cure.

 

Ce prieuré était situé au milieu des bois et au bord du fleuve, sans doute à proximité d’un gué, à l’écart de la route habituellement empruntée qui passait par le coteau. A partir du 13e siècle existe le chemin passant par le pied de la falaise. Cela explique les appellations successives de Dampierre-des-Bois et de Dampierre-du-Chemin, qui ont précédé celle de Dampierre-sur-Loire.

 

Jusqu’au 18e siècle, la paroisse de Dampierre dépendait, sur le plan temporel, de la seigneurie de Morains, puis passa ensuite sous la suzeraineté du seigneur de Fourneux (la famille de Brie-Serrant était encore seigneur de Dampierre en 1790). Par ailleurs, l’abbaye de Fontevraud possédait à Dampierre un important domaine ou prévôté.

 

En1587, des bandes de soldats huguenots, appartenant à l’armée du roi de Navarre de passage à Montsoreau, mirent Dampierre « à la pille usant de telle violence et cruauté comme le ferait l’ennemi barbare entrant dans une ville qu’il aurait prise par force et puissance d’armes » (registres paroissiaux).

 

Jusqu’en 1819, le cimetière entourait l’église.

 

 

L’architecture        

 

L’église actuelle conserve peu d’éléments antérieurs au 14e siècle ; seuls le mur nord de la nef et la base du clocher présentent encore des vestiges du 12e siècle, notamment une arcade en plein cintre. Une fenêtre en plein cintre est visible dans la maçonnerie du mur nord depuis la propriété voisine (inaccessible).

 

Les murs du chœur, le clocher et une partie du mur sud de la nef autour de la porte semblent dater du 14e siècle. La nef est essentiellement le fruit d’une reconstruction du 16e siècle, tandis que les deux chapelles qui flanquent le chœur remontent, pour celle du sud au 16e ou au 17e siècle probablement, et pour celle du nord, à 1858.

 

Le portail occidental offre un décor de la Renaissance (milieu du 16e siècle) avec ses pilastres à disques et triangles feuillagés, ses chapiteaux à crosses ornés de têtes d’angelots. Il est protégé par un auvent. Le portail occidental de l’église de Parnay offre des parentés avec celui de Dampierre.

 

La porte latérale, du 16e siècle, est percée sous une ancienne porte du 14e ou du 15e siècle dont l’arc brisé est conservé. Un auvent protège l’ensemble. La porte de la chapelle sud est elle aussi précédée d’un auvent porté par deux piliers de pierre.

 

D’autres éléments de décor sont à signaler, comme la niche Renaissance creusée dans le contrefort qui flanque à gauche la porte sud et, sur le mur à côté, les traces d’une croix peinte avec les instruments de la Passion.

 

A l’angle sud-est de la chapelle sud a été fixé un cadran solaire daté de 1628.

 

L’intérieur de l’église comprend une nef unique de deux travées suivies par une travée sous clocher et par un chœur à chevet plat ; ce dernier est flanqué par les deux chapelles décrites ci-dessus.

 

La nef est couverte de deux voûtes du 16e siècle sur croisée d’ogives à nervures prismatiques, déterminant huit voûtains, et reposant sur des culots sculptés (notamment de petits angelots dans les angles ouest). La clef de la première travée est ornée d’un soleil flamboyant, l’autre est décorée d’armoiries.

 

La travée sous clocher est couverte d’une voûte en berceau brisé. Les niches pratiquées sur les côtés de cette travée correspondaient peut-être à l’emplacement d’enfeus. 

 

La voûte sur croisée d’ogives du chœur est identique à celles de la nef. La clef s’orne d’armoiries effacées tenues par deux anges.

 

Les deux chapelles latérales sont couvertes de voûtes sur croisée d’ogives. La clef de voûte et les culots de la chapelle sud sont ornés d’armoiries que nous n’avons pas identifiées.

 

 

Le mobilier

 

Le mobilier de l’église est remarquable et comprend notamment les œuvres suivantes, toutes protégées au titre des Monuments Historiques et dûment répertoriées :

 

 

Dans la nef 

 

 

- Epitaphe d’Anne Froger, femme de René Joullain, marchand voiturier par eau, morte le 9 mai 1649. Cette profession est très représentée dans les registres paroissiaux de la paroisse aux 17e et 18e siècles.

- Contre le mur nord, une jolie statue de la Vierge à l’Enfant en pierre (?) du 18e siècle. Malgré les visages un peu lourds cette statue se distingue par une belle qualité des drapés. L’Enfant Jésus semble vouloir s’échapper des bras de sa mère !

- Dalle funéraire de Jean-Baptiste Bariolle, parisien, mort en 1761.

- Autel secondaire rétabli en1714 par le prêtre Michel Robinet. Le retable est occupé par un tableau de la même époque représentant Saint Michel et sainte Barbe.

- Les statues en pierre qui encadrent ce retable, malencontreusement peintes en marron, sont deux œuvres remarquables du 17e siècle : elles représentent saint Pierre ( ?) et sainte Barbe. La coiffure de cette dernière, remontée en un élégant chignon, est bien proche de celle des statues de la première moitié du 17e siècle issues de l’Ecole mancelle de terres cuites. (Curieusement, de ces deux statues manifestement destinées à être en pendant l’une de l’autre, seule la sainte Barbe est protégée au titre des Monuments Historiques).

- Une statue en pierre apparemment du 15e siècle figure saint Vincent, patron des vignerons. Les bandes d’orfroi qui ornent sa chasuble sont décorées de fleurs de lys.

- Une autre statue en pierre du 15e siècle, ayant conservé des traces de polychromie, montre le pape saint Urbain. Il est attesté qu’en Champagne et en Bourgogne, saint Urbain protège aussi les vignerons.

- Un fragment d’une statue en pierre représentant saint Sébastien (16e siècle). Saint Sébastien est invoqué pour protéger contre la peste, dont on sait qu’une épidémie a frappé Saumur en 1514-1516.

- En face, sur le mur opposé, prend place une délicate statuette de la Vierge à l’Enfant en pierre, du 17e siècle, anciennement polychrome. Elle se distingue par son élégant déhanchement.

- Grand et important tableau du milieu du 17e siècle représentant La Mort d’un chrétien. On y voit un mourant allongé sur son lit de mort, à qui un prêtre assisté d’un acolyte et d’un enfant de chœur vient administrer l’extrême onction. Toute la famille du mourant est rassemblée à ses côtés, en prière : manifestement il s’agit là du portrait d’un groupe familial, parmi lequel figure sans doute le commanditaire du tableau. Au premier plan, le Démon est terrassé par un ange, tandis que dans une nuée la Sainte Trinité, accompagnée de la Vierge et de saint Michel,  s’apprête à accueillir l’âme du mourant. L’iconographie de ce tableau est particulièrement représentative du courant spirituel lié à la contre-réforme : le contexte religieux saumurois dans cette première moitié du 17e siècle n’est peut-être pas étranger à la présence d’une telle œuvre dans une église proche de la ville, où il existait en 1659 une confrérie de Notre-Dame des Agonisants rattachée à l’église Saint-Pierre.

Une œuvre très proche de ce tableau existe dans l’église voisine de Souzay et une autre, sur le même thème, dans l’église de Saint-Hilaire-du-Bois près de Vihiers. Le tableau de Souzay est l’œuvre de Yves Musy, et daté de 1660. Musy appartient à une dynastie de peintres et de vitriers, dont le fondateur, Pierre, originaire de Longué, s’est établi à Saumur au début du 17e siècle ; il eut deux fils, Yves et Claude. Ce dernier eut un fils, prénommé Pierre. Le tableau de Dampierre peut être attribué à l’un des membres de la famille, Yves ou Claude, dont on connaît aussi un Saint François d’Assise enseignant la dévotion du scapulaire à la famille royale, provenant de Fontevraud, conservé dans l’église de Varennes-sur-Loire et dont le style est tout à fait proche du tableau de Dampierre. D’ailleurs, il n’est pas certain que La Mort d’un chrétien ait été réalisé pour notre église : Il ne s’adapte à aucun des retables encore en place. Il peut provenir d’un des couvents saumurois supprimés à la Révolution.

- Un tableau de Ferdinand Luzeau, peintre originaire de Cholet, représente Un Moine distribuant une soupe aux pauvres. Cette œuvre de qualité, datée de 1892, est bien dans la veine réaliste qui caractérise la peinture de la fin du 19e siècle. Cette toile à sujet profane, illustrant néanmoins la vertu chrétienne de la Charité, a été offerte à l’église, dans les années 1930, par la famille propriétaire de l’ancien prieuré Saint-Vincent.

 

Dans le chœur 

 

- Le maître-autel en marbre du 18e siècle est dominé par un retable monumental de la même époque, en tuffeau, orné de deux belles colonnes corinthiennes encadrant un haut-relief représentant la colombe du Saint Esprit entourée de tête d’angelots et d’une riche guirlande de fleurs. Le tabernacle en bois doré est décoré de deux bas-reliefs représentant la Nativité et la Circoncision. Dans la scène de la Circoncision, la Vierge est absente, et curieusement remplacée par une religieuse : s’agirait-il d’une abbesse de Fontevraud ? (Ce « mimétisme » entre la Vierge et l’abbesse de la puissante abbaye voisine correspond bien en tout cas à la spiritualité fontevriste). Ce tabernacle n’était pas destiné à ce retable, car son installation a entraîné la suppression d’une partie des moulurations de tuffeau situées à son revers. D’ailleurs le tabernacle semble un peu plus ancien que le retable : il pourrait donc provenir d’une autre église.

Le retable est encadré par deux grandes statues en tuffeau de la fin du 18e siècle voire du début du siècle suivant figurant saint Pierre et saint Paul.

- Sur le mur sud du chœur un tableau du 18e siècle montre La Résurrection : cette œuvre doit faire l’objet d’une prochaine restauration.

- Sur le mur nord, un beau tableau de la première moitié du 17e siècle, représentant l’Ecce Homo, est marqué par les apports du maniérisme de la fin de la Renaissance. Dans ce cas encore, il est intéressant de tenter de situer la réalisation de cette œuvre dans le contexte historique local : les premières décennies du 17e siècle à Saumur, et dans le Saumurois, sont marquées par un net redressement du catholicisme face au développement  du protestantisme. La figure du Christ humilié devient l’allégorie de l’Eglise catholique confrontée au protestantisme : ce rapprochement symbolique n’est pas inédit dans l’iconographie religieuse de la région puisque le peintre Thomas Pot, dans la salle capitulaire de Fontevraud, l’avait réalisé à la fin du 16e siècle.

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler, au sujet de ce tableau, la vénération particulière dont faisait l’objet les derniers moments de la vie du Christ dans la spiritualité fontevriste.

 

Dans la  chapelle nord 

 

- La chapelle nord contient deux tableaux du 18e siècle : une Annonciation  d’après Jean Jouvenet (1644-1717) et une Nativité d’après Jacques Stella (1596-1657).

- Une autre toile, du 17e siècle, représente Sainte Marguerite, accompagnée du monstre qu’elle a terrassé. Ce joli tableau mérite une restauration.

- Un petit coffre-tronc en chêne, fermant à trois serrures, fut certainement le coffre de la fabrique chargée de gérer les biens de la paroisse.

 

Dans la chapelle sud

 

- La chapelle sud présente un beau retable en tuffeau et marbre du 17e siècle, avec pilastres corinthiens, chutes et guirlandes de fruits, qui offre des parentés de style et de décor avec la sculpture ornementale de Notre-Dame-des-Ardilliers et de Notre-Dame-de-la-Visitation. La statue de Sainte Tanche date du 17e siècle : la sainte est décapitée et tient sa tête dans ses mains. Sainte Tanche était une vierge du diocèse de Troyes qui vécut au 7e siècle. Elle préféra le martyre à la souillure et fut décapitée. On la fête le 10 octobre. Une relique de la sainte était vénérée dès le 12e siècle dans la cathédrale d’Angers, d’où peut-être son culte s’est répandu jusqu’à Dampierre. A cause, probablement, de son nom, la sainte était invoquée en Anjou pour guérir de l’incontinence ! On disait que sainte Tanche « empêche les queniots de pisser au lit » !

La statue et le retable de Dampierre semblent avoir été exécutés l’un pour l’autre ; en tout cas la présence des palmes dans le fronton du retable indique que celui-ci était destiné à abriter la représentation d’un saint martyr.

A la base des piliers qui encadrent le retable on voit des armoiries qu’on retrouve identiques aux  retombées de la voûte.

 

Les vitraux

- Ceux du chœur (Présentation du Christ au Temple, Jésus calme la tempête) sont du maître-verrier Lobin de Tours et datent de 1860. Ils furent offerts par M. de Fontenailles, propriétaire du château de Morains.

- Ceux de la nef sont de Foulonneau et Chouteau, peintres-verriers à Angers, et datent de 1896.

En conclusion, la pittoresque silhouette de l’église de Dampierre ne laisse pas soupçonner la qualité d’un mobilier digne d’une église urbaine plus importante. Il est probable qu’une partie au moins de ce mobilier provienne d’églises conventuelles du Saumurois supprimées à la Révolution.

 

L’église est inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1972.

 

Orientations bibliographiques

- Célestin Port, Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine et Loire, t. II, Angers, Siraudeau, 1978.

- Marie-Jane Durand et Pierre Dutreuil, Saumur, Promenade d’architectures, Saumur, Office de tourisme, 1995, pp. 101-102.

- Jacques Levron, Les saints du Pays angevin, Paris/Grenoble, Arthaud, 1943, pp. 129-132.

- Patrice Grimald, Le château de Dampierre-Morains et ses hôtes, notice dactylographiée, sd.

- Joseph-Henri Denécheau, site internet http://perso.orange.fr/saumur-jadis/index.html

- Catalogue de l’exposition La Nativité dans les collections angevines, Conseil Général de Maine-et-Loire, 1988.

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