La route qui me menait à L'Eglise Saint Martin de Méon m'a enchantée dès que je l'ai parcourue pour la première fois. A partir de Beaufort en Vallée, les forêts, les hameaux, les villages autour des clochers, se sont offerts à mon regard miraculeusement préservés. Ils avaient gardé leur caractère d'autrefois, libres des ZUP, ZACS et autres zones commerciales ou industrielles qui longent les grands axes et dénaturent les paysages, rendant la circulation monotone et d'une laideur désespérante. Je me sentais déjà, en traversant ces campagnes, agréablement revenue quelques années en arrière. Elles demeuraient telles que dans mon souvenir, vestiges d'un temps que je croyais irrémédiablement révolu.

Lorsque j'ai découvert l'Eglise de Saint Martin de Méon, j'ai été touchée par son délabrement. Elle m'a donnée une impression de déliquescence et d'abandon. En percevant ces vestiges d'une splendeur passée j'ai touché du doigt l'inexorable écoulement du temps. Ceci m'a rendue quelque peu mélancolique. Quelle tristesse d'apercevoir ces fresques romanes endommagées, ce chemin de croix en lambeaux, jusqu'aux ornements sacerdotaux aux couleurs et aux matières si chatoyantes, gisant dans des tiroirs couverts de poussière et de toiles d'araignées! L'Eglise, jeune et vivante autrefois, semblait léthargique. Elle était là, au milieu des forêts, endormie depuis cent ans, comme la Belle au bois dormant du conte de notre enfance.

Premières impressions qui m'ont fait rembobiner la pellicule du temps. Des réminiscences lointaines ont émergé. Des sensations et des images que je croyais oubliées et disparues à tout jamais, sont remontées de mon limon intérieur pour éclater comme des bulles à la surface de l'étang du souvenir.

Premières expériences qui laissent des marques indélébiles.

Premiers souvenirs si lointains et si clairs dans notre mémoire.

Premières prières dans un ronronnement, en écho à la voix maternelle, avant de sombrer dans le sommeil.

Première communion, l'âge de raison.

Première approche du Sacré.

Première conscience d'une réalité autre que tangible et matérielle.

Première foi enfantine et cette formidable capacité d'accepter, comme une évidence, le Divin et son mystère.

Premiers désirs d'envol ou d'élévation. Qui n'a pas connu en songe cette merveilleuse sensation de voler en flottant dans l'air? L'enfant ne s'embarrasse pas de l'évolution des espèces. Si vous lui demandez qu'est ce qu'il souhaiterai devenir plus tard, lorsqu'il sera grand, il peut répondre oiseau ou papillon.

Premiers regards de l'enfant et ce rapport si particulier qu'il entretient à l'espace. Dans nos souvenirs le monde était beaucoup plus grand. Il s'offrait ainsi, dans toute sa grandiose splendeur, à nos yeux de Petit Poucet perdu dans un environnement de géants.

Premiers jeux, comme un apprentissage, où l'on meurt et l'on ressuscite car l'on peut encore faire pour de faux.

Premières parties de marelle de la" terre au ciel" comme une prémonition de notre parcours terrestre.

Je vous souhaite à tous de garder intacte, comme l'enfant, votre capacité d'émerveillement et d'acceptation.

Puisse la vie vous accorder de vivre encore et encore plein de "premières fois".

Merci à tous d'être venus partager ce moment avec nous.

Merci à tous ceux qui ont permis que cette manifestation ait eu lieu.

Merci à tous les bénévoles de l'association Art et Chapelles qui permettent aux artistes de s'exprimer dans des beaux lieux chargés d'histoire et de spiritualité.

Merci en particulier à Marion Julien qui m'a épaulée tout au long de la conception de ce projet avec sollicitude et respect.

Merci en fin à tous ceux, famille et amis qui m'ont accordé leur aide et leur soutien lors de la réalisation matérielle des différents éléments.

Bonne visite et bon parcours 2013 à vous.

 

Guadalupe POL lors de l'inauguration du circuit le 29/06/2013